La télémédecine au Maroc : réalité imminente ou rêve lointain ?


L’essence même de l’avancée scientifique et technologique est de servir l’Homme, spécialement son bien-être et sa santé. Les télécommunications en particulier se sont avérées très utiles à cet effet ; une de leurs fonctions récemment mises en application n’est autre que la télémédecine : exercice de la médecine à distance par le biais des technologies le permettant. Il s’agit, concrètement, d’utiliser la technologie, et surtout les télécommunications, pour mettre en relation un patient avec des médecins, surveiller l’état de santé d’une personne, prescrire des médicaments, faire un suivi post-thérapeutique…

Au Maroc, la télémédecine est désormais une pratique régulée, et sur le papier, une réalité. Un décret est venu en fixer les modalités et les conditions de sa pratique, en juin dernier. La télémédecine regroupe officiellement plusieurs actes, à savoir la téléconsultation, la télé-expertise, la télésurveillance médicale, la téléassistance médicale et la réponse médicale. Ainsi, la téléconsultation permet à un médecin de donner une consultation à distance à un patient. La télé-expertise a pour objet de permettre à un médecin de solliciter à distance l’avis d’un ou de plusieurs médecins sur la base des informations médicales liées à la prise en charge d’un patient. Quant à la télésurveillance médicale, celle-ci permet à un professionnel médical d’interpréter à distance les données nécessaires au suivi médical d’un patient et le cas échéant de prendre des décisions relatives à la prise en charge du patient. La téléassistance médicale est un dispositif qui permet à un médecin d’assister à distance un autre médecin au cours de la réalisation d’un acte. La pratique de ces différents actes dans les CHU, hôpitaux publics, cliniques privées et cabinets médicaux doit faire l’objet d’une autorisation délivrée par le ministre de la santé.

Bien évidemment, la télémédecine ne peut être utilisée qu’après accord formel du patient. On a également pensé à la prise en charge : les actes médicaux réalisés dans le cadre de la télémédecine sont couverts par l’AMO. 

Plus récemment, une société marocaine de télémédecine a vu le jour ; une nouvelle entité qui a pour mission la mise en place d’une infrastructure technologique pour le développement des activités de télémédecine au profit des populations des zones rurales et enclavées. 

Il a été annoncé que dans un premier temps, il sera procédé à l’équipement de cinq sites dans les régions de Midelt, Azilal et Taroudant.

Les avantages de la télémédecine sont nombreux et quasi évidents. Mais même en augmentant la disponibilité de certains services de santé à la population, ou en dématérialisant la médecine, elle n’est pas, et ne sera pas dans le futur proche, un moyen de substitution à la médecine traditionnelle.

Le premier problème, universel pour tout ce qui est informatique, est le degré de fiabilité et de cryptage des informations privées des patients, qui resteraient toujours susceptibles d’être piratées ou divulguées.

Plus spécifique est le problème de manque de confiance en les outils utilisés par la télémédecine. En effet, la plupart de nos concitoyens n’arrivent pas à faire confiance aux nouvelles technologies dès qu’il s’agit de quelque chose précieux, et il n’y a rien de plus précieux que la santé. Ce manque de confiance additionné au manque de confiance aux médecins qui se propage comme un cancer serait un obstacle réel au développement de la télémédecine, surtout dans les régions rurales où ces deux phénomènes sociaux sont plus présents. Le choix des sites à équiper en premier dans les régions d’Azilal, Midelt et Taroudant serait alors très contestable.  

Introduire la télémédecine à ces régions serait-il vraiment une solution ? Certes, théoriquement, c’en est une, mais des villages où même les soins de santé primaires, le matériel sanitaire de base, les moyens technologiques voire l’électricité sont absents seront-ils concrètement compatibles avec la télémédecine ? J’en doute, puisque même pour les centres de santé des grandes villes, la majorité possèdent environ 0 ordinateurs.

Pour conclure, la télémédecine peut être une solution à plusieurs problèmes, sans pour autant être une alternative à l’exercice habituel de la médecine. Il faudrait toutefois essayer de mieux l’adapter aux besoins, exigences et capacités de notre pays et de ses citoyens. La politique du Maroc, et des pays en voie de développement plus généralement, ne devrait-elle pas, au lieu de calquer celle des puissances mondiales, plutôt chercher ses propres solutions, qui donneraient sans doute de meilleurs résultats ?

Catégories :Réflexions

1 commentaire

  1. Great work my friend

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