Culture et conflits sociaux : quelle relation ?


La culture a un rôle social important et incontestable, elle est présente partout où l’humanité s’est épanouie. La culture peut même être définie comme étant tout ce qui est immatériel dans la société, les dimensions de ses effets sont très étendues. Les valeurs de base de la culture sont le réseau, le partage et la solidarité. La paix surgit dans chacun de ces piliers qui font la culture, cette dernière a donc un rôle fondamental dans l’atténuation voire l’abolition des conflits et des différends, qu’il s’agisse de simples disputes ou de guerres ravageantes.

Toutefois, c’est une épée à double tranchant. En parallèle à son rôle dans l’extinction des guerres, la culture a également un rôle dans la naissance des conflits. En effet, comme la culture peut développer les valeurs de tolérance et de compréhension d’autrui, et donc aider à éteindre les feux des guerres ; elle peut également, notamment dans les cas de systèmes injustes ou dictateurs, développer la citoyenneté et la conscience collective dans un sens qui pourrait potentiellement mener à la naissance de révolutions voire de guerres civiles.

Ce contraste dans la relation qu’entretiennent la guerre et la culture est très intéressant, surtout en ce qui concerne le rôle de cette dernière dans le déclenchement de conflits, rôle qui a l’air paradoxal à première vue.

La culture comme extincteur et moyen de prévention des guerres

« La guerre, c’est la guerre des hommes ; la paix, c’est la guerre des idées. » Victor Hugo

Lorsque la parole et le contact direct atteignent leurs limites, lorsque l’espoir de dialoguer est fortement affecté, il n’y a rien de tel que le partage de la culture et des valeurs communes pour communiquer. Tous les peuples du monde aiment la musique, la danse, la peinture, le cinéma et même la littérature.  Ce sont des moyens d’expression beaucoup plus efficaces que la simple discussion directe puisqu’ils touchent le fond humain de chaque personne, indépendamment de sa race, ses croyances et ses origines. 

L’art est une manière de se prouver les uns les autres qu’au final, nous vivons tous sur une même planète, sous un même ciel, et surtout, nous sommes tous humains ; nous avons tous l’espoir secret de rendre plus belle notre planète et notre existence commune, et vivre dans une harmonie des couleurs, des sons et des mouvements qui nous sied tous. Nous ignorons tout de la réalité de notre existence, et s’il est un point commun qui nous réunisse, il est celui de l’ignorance, et si le vaste ensemble de l’ignorance a un complémentaire, ce ne serait autre que la culture. 

Les exemples prouvant ce rôle d’extinction des feux de la culture ont été nombreux au cours de l’histoire, on s’intéressera notamment à la Guerre froide, qui fut d’abord un combat idéologique, et la culture était en première ligne tout au long de la guerre. Le conflit se tenaient certes entre deux ensembles d’États, mais il était visible à l’intérieur de chaque société et, parfois, de chaque individu. Et finalement, les premiers à dépasser véritablement la Guerre froide ont été les écrivains, les penseurs et les artistes ; ce fut, en particulier, le cas des intellectuels des pays de l’Est qui, dans leur esprit, avaient abattu le Mur des années bien avant la chute de celui de Berlin.

La culture comme moyen excitateur et déclencheur des guerres

« La culture est un animal sauvage qui doit être domestiqué. » Heiner Mühlmann

Le premier rôle de la culture est celui répandu dans presque tous les milieux sociaux, en effet, elle est généralement envisagée comme étant l’antidote de la violence et de la guerre. Et si les cultures de guerre étaient au contraire de puissantes façons de créer des liens conflictuels entre les membres d’une communauté voire entre deux communautés ?

La culture est un animal sauvage, c’est une curieuse idée qui prend le contre-pied d’une théorie bien ancrée dans les sciences humaines et selon laquelle la culture a pour rôle de domestiquer la bête qui est tapie en nous, étouffer les pulsions animales et permettre une vie collective harmonieuse.

Un bon nombre de révolutions sont nées à cause, ou grâce à la culture. En effet, le chant, le cinéma, la littérature, peuvent instruire les gens et, entre autres, leur montrer certaines injustices dont ils ne se rendaient même pas compte à cause de l’ignorance et l’inconscience que ne peut désancrer que la culture.

Une illustration de plus qui montre que guerre et culture entretiennent des liens plus étroits qu’on l’avait pensé jusque-là est le conflit israélo-palestinien, qui a été accompagné par une guerre médiatique et culturelle massive. La poésie et la littérature écrite en général, ainsi que les articles de presse, ont joué un rôle important lors de cette guerre. L’autre exemple est celui du printemps arabe et surtout de la récente révolution algérienne. La culture a occupé une place primordiale parmi les raisons du soulèvement des jeunes arabes en général et celui du peuple algérien spécialement.

Les aspects de cette présence de la culture sont nombreux, on citera notamment la chanson « Libérer l’Algérie », écrite par des artistes soutenant le mouvement, qui a fait un carton auprès des manifestants, au même titre que celle de la chanteuse algérienne engagée Raja Meziane, Allo, le système, qui interpelle le régime de Bouteflika et lui enjoint d’écouter le peuple. Ces chansons, régulièrement entonnées par les manifestants, ont aidé à mobiliser plus de sympathisants, à internationaliser le mouvement et l’enflammer encore plus. Les manifestations ont même conduit à la création d’un néologisme par les Algériens, le verbe vendredire, qui signifie manifester pacifiquement, les manifestations se déroulant le vendredi en Algérie.

La meilleure explication du processus de soulèvement populaire contre le régime, qui est un soulèvement d’initiative juvénile, est le niveau de conscience collective qui se hisse incessamment, en grande partie grâce à la culture. Le comportement général de l’Algérie manifestante révèle un changement en profondeur en cours dans la société, au point qu’il ne serait pas faux de noter que le 22 février a inauguré une vraie révolution, une révolution culturelle qui s’exprime dans la manière de faire la révolution politique.

Conclusion 

De nos jours, grâce aux médias, internet, et aux outils de communication que la technologie met à notre disposition, la culture et le partage des idées est un moyen d’influence et de encore plus puissant qu’il ne l’était. 

Les deux rôles de la culture, exploités sous la supervision de la raison, peuvent avoir des effets très positifs sur l’individu, la société et même le monde.

Il est peut-être grand temps pour l’humanité d’essayer sérieusement de remplacer le conflit physique par une guerre des idées, de faire de la culture l’unique solution de plusieurs situations critiques, ce qui mènera sans doute à des résultats bien plus constructifs et beaucoup moins tragiques que ceux de la violence.

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